lundi 29 septembre 2008

Drancy vue par Djamel

Djamel, Paris 17ème

Je vis à Paris depuis mars 2008 dans le 17ème, près de l’arc de Triomphe. C’est un quartier bourgeois où je ne me plais pas vraiment. Les rapports avec le voisinage se limitent à « Bonjour, au revoir, merci ». J’ai habité avant à Pantin pendant trois ans et je trouve que les relations avec les gens étaient plus chaleureuses et plus simples là-bas. Les relations sont souvent superficielles à Paris. Je vais de temps à autre à Saint-Denis, Aubervilliers ou Gennevilliers pour retrouver des amis. L’image la plus forte que m’évoque la banlieue nord, c’est le stade de France et plus généralement la ville de Saint-Denis. Pour moi, Saint-Denis est un peu le laboratoire du futur de la région parisienne, entre repli sur soi et volonté de rapprochement avec sa grande voisine Paris.
Drancy est une ville que je ne connaissais pas. Par conséquent, je n'avais pas vraiment de jugement particulier la concernant. Je me suis juste dit que cela devait être une ville dortoir comme toutes celles qui ont poussé pendant les années 50-60. Une ville sans véritablement de centre, avec de grands ensembles disséminés çà et là et une population plutôt jeune et cosmopolite.
J'avais pour mission d’aller à la Cité de la Muette qui était devenue sous Vichy, un camp de concentration pour les juifs qui étaient ensuite déportés à Auschwitz. J’ai lu dans un livre d’histoire que cette cité construite dans les années trente par deux architectes d’avant-garde (Marcel Lods et Eugène Baudoin), représentait le banc d’essai de la modernité urbaine avec ces jardins et ses gratte-ciels, les premiers construits en région parisienne. Il ne reste maintenant plus que trois bâtiments. A l'entrée de la cité, il y a un monument commémoratif aux victimes des camps d’extermination nazis, érigé en 1976. Juste derrière le monument, des rails mènent à un wagon de marchandise comme ceux qui sont partis chargés d'hommes pour les camps.
Les trois bâtiments en U ont été depuis repeints en rose pastel. Au rez-de-chaussée d’un des bâtiments, se trouve une salle où sont exposées des centaines de photos d’archives témoignant de la déportation. Le contraste entre le passé violent de cette cité et son aspect calme et tranquille de maintenant m'a vraiment bouleversé. Le nom de la cité « La Muette » fait sans doute écho à mon émotion ainsi que celui de la station de tramway proche de la cité « Drancy avenir »…
A trois cents mètres de là, se trouve une sculpture pour commémorer l'abolition de l'esclavage. Il s'agit d'un couple enlassé d’anciens esclaves. L'homme lève le poing avec un morceau de chaîne cassée... J'ai trouvé cette oeuvre très optimiste et j'ai beaucoup aimé la photographier. 
J'ai découvert aussi le cimetière municipal au pied d'une grande cité de quinze étages avec une vue imprenable sur les tombes...

J'ai ensuite rejoint le Parc de Ladoucette (ex-Jacques Duclos), où j'ai rencontré de nombreuses familles qui profitaient de ce week-end ensoleillé. Du soleil et de l’air, de l’air, de l’air…

J'ai aimé photographier les boîtes électriques peintes. Disséminées dans la ville, elles lui donnent une touche de gaieté et d'originalité et ont ponctuées de couleur mes promenades.

J'ai aimé aussi photographier la statue de De Gaulle. Vue sous un certain angle, il semble faire un pas de danse : ce qui contraste singulièrement avec le personnage historique, non?
 
Je n'avais pas une grande expérience de la photographie mais j'ai remarqué que pour réussir une photo il était indispensable de regarder d'abord longtemps autour de soi, ce que je ne fais jamais d’habitude. Le fait d'attendre le temps qu'il faut pour faire la bonne photo vous oblige à rester dans la ville et vous fait devenir plus observateur. C'est aussi une invitation à l'esthétique, découvrir la beauté d'un endroit sous une certaine lumière...

Bonne visite à toutes et à tous !
Pour voir ma galerie photo, cliquez sur le lien ci-dessous:

Djamel Baghezza

vendredi 5 septembre 2008

Paris vu par Alexandra

Alexandra, Aubervilliers

J’habite à Aubervilliers, dans le quartier du Marcreux. Je suis attachée à Aubervilliers puisque j’y vis depuis ma naissance. J’aime mon quartier, j’y connais à peu près tout le monde ; cependant je trouve que le paysage est triste. Tout me paraît gris. J’essaie d’aller à Paris le plus souvent possible. Je connais bien Châtelet où je me rends souvent. J’adore Paris, c’est une belle ville ! Selon moi les différences les plus importantes entre Paris et la banlieue sont les goûts vestimentaires et le langage.
Avant d’aller prendre des photos, je me suis sentie d’abord confiante, et puis un peu stressée. Je voulais arriver à faire des photos intéressantes, c'est-à-dire : des images, qui veulent dire quelque chose. J’étais dans le 19 ème arrondissement, à Stalingrad, à Crimée. A force de faire les mêmes rues, j’ai découvert le quartier que je connais assez bien maintenant. Et ce qui m’a le plus surprise, c’est que Paris est encore plus belle que je ne l’imaginais. J’ai fait des rencontres en faisant des photos des gens. J’ai rencontré une dame, Madame Sidibé, qui est présidente d’une association interculturelle.
Ensuite un monsieur qui avait un drôle de vélo et qui s’appelle Jean-Pierre. En fait, il traverse les pays à vélo. Il m’a raconté que lorsqu’il était jeune, il rêvait de vivre « la grande aventure ». Il a fait de grandes études et il a travaillé dans un grand hôtel de luxe. Puis tout d’un coup il a décidé de réaliser son rêve d’enfance. Alors il a quitté son travail, sa maison, car m’a-t-il dit, il était assez riche. Il a commencé son aventure, il y a trois ou quatre ans. Il est déjà allé un peu partout en France. Il a essayé de partir en Asie mais il n’a pas pu. Pendant que je lui parlais, il avait l’air assez pressé : il m’a expliqué qu’il partait dans les Pyrénées.
Après, j’ai voulu prendre en photo des pêcheurs et j’ai commencé à parler avec eux, à leur poser des questions. Ils m’ont répondu qu’après avoir pêché les poissons, ils les relâchaient dans l’eau. Un jour ils ont attrapé un gros poisson qui faisait 1 m 50 et pesait 10kg. Il était énorme !

Avant de commencer la photo, je trouvais cela très facile. Après ces six jours de photographie, je pense le contraire. Pour faire de la photo il faut être patient, être en « éveil », oser parler aux gens. Je trouve qu’être photographe, c’est un peu être un paparazzi. Mais cela peut être amusant. Cela change le regard sur la ville. En regardant dans un viseur, j'ai vu des choses que je n' avais jamais vues auparavant.
Je n’ai aucune photo préférée. Je les aime toutes.

Pour voir ma galerie photo, cliquez sur le lien ci-dessous

Alexandra Yanhoui

vendredi 29 août 2008

Le parc de la Courneuve vu par Manon

Manon, Châtelet      

Je viens d’une banlieue lointaine, le 974, vous ne connaissez pas ? C’est juste à 12000 km de Paris! Une banlieue perdue dans l’océan indien, autrement dit la Réunion. Quand je suis arrivée à Paris il y a onze ans, j’ai été très dépaysée. Pas la même vie, pas le même rythme, plus d’horizon mais du béton! Et quand je suis arrivée à Châtelet, j’ai commencé à apprécier vraiment cette ville et ce quartier… C’est un quartier très métissé, un vrai melting pot. Et je ne parle pas de l’architecture! Il est aussi riche en histoire. Par exemple en bas de chez moi, rue de la Ferronnerie, Henri IV a été assassiné par Ravaillac! Si Paris était une personne sa qualité première serait son rayonnement. Pour moi, Paris est une boule d’énergie gigantesque et lumineuse qui ne cesse de me fasciner !
Quand on m’a dit que j’irai au parc de la Courneuve, je me suis dit chouette, voilà un endroit qui me va bien. Je suis très proche de la nature et je ne connaissais absolument pas ce lieu. J’avais décidé d’être complètement disponible avant même de savoir où j’irai. Et quand j’ai su que ce serait dans un parc gigantesque, je me suis dit : Ne t’attends à rien, tu verras bien... Je pense que j’ai adopté la bonne attitude pour recevoir tous ces présents que la vie nous offre. Pour être dans le présent, dans l’instant même. Vous me croirez si vous voulez, mais pendant 2h30 je n’étais ni à Paris, ni en Banlieue mais en « nature ». C’était agréable, revigorant et surprenant parfois! Mon envie était de faire de belles photos, bien sûr, mais surtout je voulais qu’elles racontent la vie de ce parc. J’essayais de faire corps avec mon sujet, plus rien d’autre n’existait! 
Et puis, il a fallu rentrer, et c’est surtout là que j’ai pris conscience de la grandeur du lieu. J’ai cru ne jamais arriver à en sortir, j’ai dû demander mon chemin au moins cinq fois alors qu’il suffisait d'aller tout droit! Quand je suis enfin arrivée à la sortie, j’ai eu cette sensation qu’on a quand on repart de Disneyland, comme si tout ça n’était qu’un rêve. Un rêve qui n’est qu’à trois stations de RER de Châtelet!
Plus je prends des photos et plus je deviens observatrice. Lorsque je regarde dans mon viseur, je fais attention à chaque détail, à la composition du cadre. Willy Ronis parle d’un peintre qu’il aime particulièrement, Brueghel... Il dit que ce peintre le fascine car il place merveilleusement bien ses sujets dans la toile. J’ai souvent ressenti ce rapprochement avec la peinture. Je me rends compte aussi qu’il m’arrive de plus en plus de regarder une scène et d’imaginer tout de suite le cadrage que j’adopterais. Je crois qu’un photographe ne vole rien, il reçoit simplement.
Pour voir mon album, cliquez sur le lien ci-dessous:
Manon Haziel

jeudi 21 août 2008

Paris vu par Eriola

Eriola, Aubervilliers

J’habite à Aubervilliers dans le quartier du Marcreux entre le quartier Heurtault, le canal St Denis et le quartier du Landy. J’y ai grandi depuis l’âge de quatre ans, j’y suis lié sentimentalement et j’aimerais pouvoir y vivre plus tard. Ce quartier est celui que je préfère car il a des allures de vieux port, des airs de favelas, de zone industrielle abandonnée, envahie et reconquise par la nature. Des ruines aujourd’hui menacées par la rénovation du quartier depuis la construction du Stade de France. Je me rends pratiquement tous les jours à Paris car j’y étudie (Je suis étudiant en troisième année de Cinéma et Audiovisuel à Paris III Sorbonne ), j’y ai aussi des amis et je m’y rends pour mes sorties culturelles. J’ai le fort sentiment d’appartenir au lieu où j’habite. Si il y a un fossé entre l’Ile-de-France et le reste de la France sur un certain nombre de points, le fossé qui sépare Paris de la banlieue nord est aussi grand. Lorsque je suis à l’étranger, je dis que je viens d’Aubervilliers même si la ville de Paris est riveraine. L’image la plus forte que m’évoque Paris est son réseau souterrain de transports en commun où je passe un tiers de mon temps.
Au cimetière du père Lachaise, j’étais d’abord en quête d’informations concernant l’histoire du lieu. J’ai abordé une femme qui semblait y travailler. Elle notait méthodiquement sur une feuille, les noms sur les tombes, un par un. Je lui ai dit : « Bonjour, vous faites l’appel ? ». Maladroit. La femme, vexée, s’en est allée. J’ai décidé de m’approcher d’un homme qui faisait la même chose, mais il m’a dit en anglais que son groupe avait organisé un jeu et que s’il retrouvait certaines dates, il gagnait un éventail. Un autre homme m’a raconté qu’il était écrivain et qu’il manquait toujours d’inspiration pour inventer des noms, voilà pourquoi il était ici. Plutôt glauque…
Arrivé au Mur des Fédérés, j’ai longé le mur d’enceinte du cimetière, en tâchant de trouver la sortie. L’immeuble moderne, sans doute un HLM, celui que je voyais derrière le mur et que je venais de photographier, me donnait l’impression que la banlieue se trouvait là. Puis j’ai aperçu une ligne de barbelés, ce qui m’a fait réfléchir au barbelé social qui sépare Paris de la banlieue. Un barbelé social bien entretenu. Est-ce encore d’actualité ? Ce mur est-il vraiment solide ou en train de se fissurer ? (J’ai pensé aussi aux disparités entre les différentes zones du cimetière et j’y ai transposé à son échelle la ville de Paris : chemins bien tracés, quartiers fastueux, périphérique, endroits de charme, monuments célèbres, culte de l’ancien, grandes avenues et ronds-points, pierre sculptée et pavés, touristes, mur d’enceinte, vieilles bâtisses, air protocolaire de circonstance…)
J’ai remarqué qu’avec un appareil en main, tous les touristes me demandaient leur chemin, les corbeaux décrivant des cercles au-dessus de nous : « Where’s Jim Morisson’s grave, please ? ». A la fin de mon périple, j’ai photographié une jeune fille, assise seule sur un banc. Elle m’a raconté comment, accompagnée de ses amies, elle avait vu son nom et son prénom inscrit sur une tombe et que la panique s’était emparée d’elle. Ce qui m’a amusé en regagnant la sortie, c’est de constater que le cimetière se trouve très en hauteur par rapport à la rue. Même six pieds sous terre, les morts étaient enterrés bien hauts. Certaines statues d’illustres gens surplombaient la ville, comme si les Parisiens avaient voulu que les grands esprits veillent sur eux.
Le jour d’après, je me suis mis en tête de voir ce qu’il y avait derrière le mur des Fédérés et je me heurtai à un cul-de-sac, rue des Rondeaux. C’est ici que je fis la rencontre de Thomas et Sophie, un irlandais et une australienne qui travaillent ensemble en Angleterre. Ils faisaient le tour de l’Europe en voiture et dormaient dedans. Je leur demandai ce qui les amenait en France, ils me répondirent qu’après avoir vu le film La Haine de Mathieu Kassovitz et regardé les informations concernant les émeutes dans les banlieues en France, ils avaient décidé de visiter la banlieue nord en passant par des endroits clés. Ils avaient établi une carte à l’aide de plans RATP/SNCF et collecté des images de coupures de journaux où je reconnus quelques bâtiments. Ce qu’ils pensaient de Paris n’était pas très flatteur : Paris, selon eux se donnait un genre et nous le faisait payer cher. Cela s’apparentait au marché du luxe. Plus un produit était coûteux, plus il y avait de demande. Cette réflexion était née d’une révolte sur le prix de la pinte de bière : « 11 €uros, it’s just amaaazing !
J’ai entrepris le jour suivant de faire un tour du côté de Belleville. La rue était grise mais multicolore. Autour de moi, de vieilles boutiques turques, marocaines, juives et chinoises. Après avoir flâné ça et là le long du boulevard, je suis tombé sur des étals de marchandises à même le sol. Je me renseignai : Il s’agissait d’une brocante improvisée. Pour prendre une photographie, il faut parlementer longtemps. Souvent la communication est difficile mais les brocanteurs ne sont pas de mauvaise foi. La police a ses méthodes que le touriste naïf ne soupçonne pas. Un bon nombre de personnes m’ont demandé combien je vendais mon appareil, d’autres m’ont demandé mon prénom. Etonnant. Le quartier abrite, paraît-il, beaucoup de petits foyers de travailleurs immigrés. les rues étaient bondées, une atmosphère de vacances se faisait sentir, le temps n’était pas au beau fixe. Sans doute le soleil vient-il de l’intérieur ?

Près de la place Edith Piaf, en montant jusque l’angle de la rue Paul Strauss et de la rue Geo Chavez, il y a un escalier charmant…. On quitte les modestes bâtisses et le décor hétéroclite du 20ème arrondissement pour une zone pavillonnaire. Le pavage est gros et poli, les villas sont envahies par le lierre et les lampadaires datent d’une autre époque. Deux dames âgées sont passées, je suis venu à leur rencontre. Elles m’ont dit qu’elles habitaient le quartier et qu’elles faisaient un peu de tennis pour garder la forme. Le quartier, me dirent-elle, « sert souvent de lieu de tournage car il est à l’image d’un Paris typique ».
En empruntant la rue de Bagnolet, j’ai débouché sur une sortie du Père Lachaise, rue de la Réunion. Ici, le quartier est cosmopolite et fragmenté : turcs, juifs, africains… En entrant dans le passage de la Cité Aubry « Villa Riberolle », j’ai découvert des ateliers, des manufactures, des habitations, des usines, avec des façades en bois et hautes en couleur. Un endroit où il fait bon vivre. Plusieurs personnes sortaient les tables dans l’allée pour déjeuner : « C’est la coutume ici ». Les alentours étaient magiques. Je suis tombé nez à nez avec des maisons insolites aux couleurs magnifiques. J’étais dépaysé. Avant, Paris pour moi c’était la grisaille. J’avais le sentiment d’être dans un autre Paris, un Paris ayant échappé à Haussmann.

A Ménilmontant, en sortant du métropolitain, j’ai aidé une dame à porter son caddie qui m’a dit : « Vous êtes la cinquième personne qui m’aide aujourd’hui, tous des gens de couleur, vous êtes des amours », je lui ai répondu « Simple coïncidence...», en espérant que ce soit vrai. Une fois remonté à la surface, j’ai découvert ce que j’espérais : le quartier était sillonné par des passants de toutes origines. Avec une rue commerçante, la rue de ménilmontant, peuplée même le dimanche. Le contact avec les commerçants a été facile. La rue, selon eux a beaucoup changé et est encore en perpétuelle évolution. Il ne reste que quatre commerces qui ont plus de trente ans d’ancienneté, comme celui de Mr Najib, qui est épicier et fleuriste à la fois. J’ai rencontré des jeunes qui voulaient être pris en photo. Dans ce Paris là, il y a toujours quelque chose de surprenant ou d’insolite. Il semble ne pas avoir de norme. En haut de la rue, je suis tombé sur un squat. La façade était couverte de tracts et d’affiches, d’annonces de manifestations artistiques organisées par les occupants. Dessus, un mot revenait souvent : alternatif. Lors de mon passage dans le 20ème arrondissement, j’ai vu des maisons à l’agencement alternatif, des couleurs alternatives, des activités alternatives, une économie alternative. A l’image de certaines villes de banlieue. On débat souvent au sujet du Grand Paris. A ce moment précis, j’ai pensé au Grand Saint-Ouen, au Grand Aubervilliers, au Grand Saint-Denis…
Je n’avais encore eu aucune expérience de photographe. Le fait de rechercher autre chose que du sensationnel, du prêt-à-photographier ou des choses connues est difficile. C’est un état d’esprit, un nouveau sens en éveil, un combat contre le temps et le hasard et beaucoup d’humilité. Maintenant que je pense avoir compris ce que faire de la Photographie implique, je commence à changer mon rapport au Cinéma (qui reste, somme toute, de la photographie). Par exemple, j’accepte aujourd’hui le fait de revenir bredouille. La ville change lorsqu’on la regarde dans un viseur car chaque élément prend une signification particulière. La ville devient un fourmillement de signifiants et le photographe doit alors pouvoir en isoler une « tranche », une image qu’il pourra donner à lire comme une page.

Découvrir ma galerie photo :
 
Eriola Yanhoui

vendredi 15 août 2008

Saint-Ouen vu par Virginie

Virginie, Paris XIème

Je vis dans le 11ème arrondissement de Paris à la limite du 20ème (M° Ménilmontant). Ce quartier est un carrefour d’histoires,  du vieux Ménilmontant  d'Edith Piaf à sa version contemporaine, mélange de vie populaire et d’artifices (rue Oberkampf). Un carrefour de générations, d’origines, de cultures, de saveurs et de couleurs. Un esprit de quartier diurne en opposition au rythme nocturne. Ce que j’aime, c’est tout ce brassage. Souvent, j’ai été attirée par des villes comme Saint-Ouen, Clichy, Montreuil, Bagnolet pour leurs attraits que l’on connait malheureusement le moins : le dynamisme culturel, les marchés vivants où l’on trouvera toujours ce que l’on ne cherche pas, les éclats de rires, les fêtes de quartier où on a l’impression que le mec du coin est notre cousin. Ce sont des endroits où tout simplement je me sens bien.
Aller à Saint-Ouen pour la donner à voir, c’était l’envie de redécouvrir à travers le viseur de l’appareil photo, une ville que j’ai souvent parcourue dans un but précis. Cette ville des brocanteurs anciennement chiffonniers et des gars de Cayenne à l’argot perdu : « le kispon », en passant par toutes ces histoires incroyables d’hommes et de femmes, résistant(e)s pendant la seconde guerre mondiale…
J’ai choisi de m’imprégner du coin des brocanteurs, des artisans, des ferrailleurs du côté du marché Vallès, Biron, et de la rue des rosiers. Ces puces implantées sur les anciennes glacières de Saint-Ouen, rue Paul Bert, rue du Plaisir, rue Eugène Lumeau, rue Lécuyer, le coin de Fredo… le quartier des chiffonniers… Comme inspirée par cette grande dame de Ménil’, ça m’a fait tourner la tête, mon manège à moi, c’était là…
Le fait d’écouter les gens me raconter des bribes de leur vie ou de celles et ceux qui ont fait ce quartier, m’a beaucoup inspirée pour créer un univers photographique. En écoutant et en flânant, on discerne soudain l’âme d’un lieu.
Ces villes qu’on nomme Ban-lieue font sans doute référence à l’ignorance de ceux qui les ont nommées comme ça, des gens qui sont au ban de tous ces lieux riches de vie qui font l’âme de l’Ile de France.
 Voir ma galerie  photo : http://picasaweb.google.fr/backstreetprod/SaintOuenVuParVirginie

Virginie Guiral

lundi 28 juillet 2008

Aubervilliers vu par Sabrina

Sabrina, Paris XIème

J’habite actuellement à Paris dans le 11ème arrondissement près du cimetière du Père Lachaise. Je suis née à Nanterre dans les Hauts de Seine (92) et j’ai grandi à Sèvres en banlieue-ouest de Paris. Je m'intéresse beaucoup au théâtre et j’ai effectué mon premier stage de théâtre à Aubervilliers, avenue de la République, 93300. On peut dire que j’ai « gambadé » et traversé pas mal de quartiers dans la capitale et autour. A Paris, tout paraît proche et accessible grâce aux transports en commun mais les gens communiquent peu. En banlieue, la circulation entre les quartiers est plus difficile mais tout le monde semble se connaître. Je trouve qu’à Paris, c’est le gris qui domine. Alors qu’en banlieue, ce sont les couleurs…
Mes photos ont été prises le long du Canal Saint Denis en partant de Paris et en prenant le quai de l’Allier sur l’avenue Corentin Cariou (porte de la Villette) jusqu’au quartier du Landy à Aubervilliers, au niveau du « port à la ferraille » qui est toujours en activité.


Au départ, j’étais bien préparée pour l’aventure, appareil photo à la main, baskets aux pieds et mp3 branché sur les oreilles. J’avais le sentiment que la musique pourrait m’aider dans ce parcours qui s’annonçait assez long à pied. Quai de l’Allier, j’ai croisé des promeneurs mais surtout des cyclistes bien plus malins que moi. J’ai d’abord profité de cette ballade pour contempler le bord de l’eau, le ciel... A travers le viseur de mon appareil, je batifolais avec le paysage. Au fur et à mesure que j’avançais sur le quai, le décor s’est transformé et s’est densifié : ponts, écluses, grues, péniches, entrepôts de marchandises difficiles à cadrer... J’ai quitté le quai au niveau du pont de Stains et fait un détour par la rue de la commune de Paris, où des enfants jouaient dans un terrain entouré de grillages. Ambiance Ghetto. Puis j’ai rejoint la rue du Goulet pour me retrouver au cœur du quartier du Landy, rue du Port. J’ai découvert un quartier doux et tiède : Les femmes étendent leur linge à la fenêtre ou surveillent leurs enfants en jetant un coup d’œil furtif dans la rue pendant que les hommes lavent leur voiture devant la porte. Les jeunes reviennent au petit matin de Paris où ils ont passé la nuit. Les plus anciens vont au marché et s’étonnent à chaque fois des nouveaux panneaux de permis de construire. C’est un quartier planté de petites maisons de bric et de broc, qui sont entourées de terrains vagues, de fabriques et de nouvelles constructions. Au Landy, on trouve un immeuble flambant neuf et à côté une maison sans toit qui sert de garage !

Je me suis également promenée sur la place du marché d’Aubervilliers à proximité de la mairie dans le centre-ville. Auber vient du seigneur Albert qui possédait ce domaine au Moyen Âge. Villiers vient du mot « villare » qui signifiait en latin « marché ». L'alliance des deux mots a donné « Albertivillare » et ce terme est resté pour désigner les habitants d’Aubervilliers: Les Albertivillariens. Au marché, j’ai trouvé, démultipliées par la lentille de diffraction que j’ai placée parfois devant l’objectif, toutes les couleurs de la banlieue.
Cette expérience m’a permis de moins paniquer avec l’appareil photo, l’objet en lui-même et la technique de la prise de vue. J’ai appris à être plus patiente, plus posée et plus concentrée pour cadrer ce qui venait à moi. Grâce à cette aventure, j’ai découvert un quartier que je ne connaissais pas et le fait de le photographier m’a aidé à développer davantage mon regard sur les détails et la particularité du lieu. J’ai adoré faire ces photos et je les aime toutes, surtout celles avec les enfants.

Sabrina Bauwens

dimanche 20 juillet 2008

Paris vu par Nina

Nina, Morsang-sur-Orge

Je vis dans une petite ville dans l’Essonne, calme et verdoyante aux maisons en meulière. On s’y ennuie un peu, mais c’est paisible et agréable. Il y a plusieurs années, j’ai également vécu dans le Val de Marne, au milieu de hauts immeubles. Je connais donc le visage de deux banlieues. Cependant, bien que je n’ai jamais vécu à Paris même, je me sens parisienne ; je me présente comme telle lorsque je voyage. 
Ce que j’aime, c’est la diversité. Paris est une ville hétéroclite. Elle surprend, elle fascine. On ne s’y ennuie pas. Le contraste est fort, brutal. On est dans le RER, le regard vagabonde. Le paysage change, l’atmosphère aussi. La banlieue que je quitte pour Paris me semble ensommeillée, un peu endormie et lorsque je débarque dans la capitale, c’est un bouleversement, de la foule, du bruit, de l’agitation. C’est sûrement la gare (Saint-Michel) dans laquelle j’arrive qui veut ça, elle est ma première approche forcément. Cette différence remarquable se constate également entre arrondissement ; à chaque quartier son ambiance, certains sont calmes et bucoliques, d’autres animés et cosmopolites.
J’aime décider au dernier moment mon itinéraire, ou simplement suivre les rues et arriver, au hasard d’un chemin quelque part dans un endroit improbable, curieux, original, artistique et poétique, oublié parfois. J’aime me perdre, car on tombe toujours sur quelque chose (souvent d’anecdotique).
Le Paris que j’affectionne : le quartier latin, Montmartre et tout ce qui me reste à découvrir. J’aimerai connaître chaque rue de cette ville, chaque détail. Paris est une découverte ; j’en ai fait l’expérience avec ce stage. Je vois Paris de deux façons. Le Paris touristique, bruyant, mondain peut être, avec ses Champs-Élysées, sa tour Eiffel, ses grands monuments et ses célèbres avenues et puis, le Paris coquet, avec ses petites rues pavées, ses dessins au mur et parfois au sol, son originalité, parfois ludique : le Paris anecdotique. On y peut trouver également des personnages (pas des gens) des personnages ! avec un style, une attitude, un regard, une présence. 

Je n’avais pas d’idées précises de comment aller se dérouler les choses avant de me lancer dans l’aventure. Je me contenterai juste d’y être, de vivre chaque instant, d’observer. Je n’appréhendais pas trop concernant le quartier (le Marais, le quartier gay, le quartier juif, et l’Île Saint-Louis). Le centre de Paris me parle. Je me demandais un peu comment approcher les gens, les photographier. Prendre un moment sans avoir l’impression de leur voler. Oser. Et effectivement, ce fut pour moi le plus difficile. Approcher les gens, sortir l’objectif, le pointer sur eux. Quelques personnes réticentes qui se cachent derrière leur main, d’autres qui me regardent avec avidité, certaines qui se prennent au jeu , très peu. Les scènes de café rue des Archives ont été difficiles. Trop de regards porté sur moi, et non sur l’objectif. C’est un double jeu. Eux aussi sont là pour être vu, pour se montrer. J’ai quand même eu tendance à les approcher timidement. Arpenter les rues un appareil photo à la main c’est avoir l’occasion de capturer un moment, raconter une histoire. Ca stimule l’imagination. Comme l’attitude de l’homme rue des Rosiers, dans l’attente ou le couple se promenant en bord de Seine sur l’île Saint-Louis ou le couple homosexuel rue Vieille du Temple, où vont-ils, d’où viennent-ils ?
 J’ai fait des rencontres anonymes, je n’ai parlé à personne, j’ai observé. Les regards, les sourires ont suffit. On capture un souvenir, une histoire…

Nina Vone

Ma galerie photo