Ludovic, Paris 20ème
DIVERSES CITÉS : Échanges de regard sur la métropole parisienne par de jeunes franciliens
Ludovic, Paris 20ème


La vie qui anime le quartier de la Basilique n'est pas si lointaine de la vie qui anime le quartier populaire de Barbès où j'habite. Les terrasses de café sont pleines quand le soleil se montre, des brocantes s’improvisent, de nombreux habitants du quartier se retrouvent sur le parvis de la cathédrale où des jeunes écoutent de la musique en faisant des pas de danse hip-hop.
A saint-Denis, j’ai croisé Djalo, un militant pour la cause des sans-papiers. Je l’ai rencontré lors d'une marche des sans-papiers autour de l'Hôtel de ville : un homme souriant et ouvert malgré sa situation précaire. A la sortie d’une boutique de tirage-photo, j’ai fait la connaissance de Prosper, un ancien militaire Indien qui m’a raconté son passé militaire avec nostalgie et qui a posé pour moi avec ses photographies de régiment.



A trois cents mètres de là, se trouve une sculpture pour commémorer l'abolition de l'esclavage. Il s'agit d'un couple enlassé d’anciens esclaves. L'homme lève le poing avec un morceau de chaîne cassée... J'ai trouvé cette oeuvre très optimiste et j'ai beaucoup aimé la photographier. 

Ensuite un monsieur qui avait un drôle de vélo et qui s’appelle Jean-Pierre. En fait, il traverse les pays à vélo. Il m’a raconté que lorsqu’il était jeune, il rêvait de vivre « la grande aventure ». Il a fait de grandes études et il a travaillé dans un grand hôtel de luxe. Puis tout d’un coup il a décidé de réaliser son rêve d’enfance. Alors il a quitté son travail, sa maison, car m’a-t-il dit, il était assez riche. Il a commencé son aventure, il y a trois ou quatre ans. Il est déjà allé un peu partout en France. Il a essayé de partir en Asie mais il n’a pas pu. Pendant que je lui parlais, il avait l’air assez pressé : il m’a expliqué qu’il partait dans les Pyrénées.
Après, j’ai voulu prendre en photo des pêcheurs et j’ai commencé à parler avec eux, à leur poser des questions. Ils m’ont répondu qu’après avoir pêché les poissons, ils les relâchaient dans l’eau. Un jour ils ont attrapé un gros poisson qui faisait 1 m 50 et pesait 10kg. Il était énorme !
Avant de commencer la photo, je trouvais cela très facile. Après ces six jours de photographie, je pense le contraire. Pour faire de la photo il faut être patient, être en « éveil », oser parler aux gens. Je trouve qu’être photographe, c’est un peu être un paparazzi. Mais cela peut être amusant. Cela change le regard sur la ville. En regardant dans un viseur, j'ai vu des choses que je n' avais jamais vues auparavant. 







Je n’avais encore eu aucune expérience de photographe. Le fait de rechercher autre chose que du sensationnel, du prêt-à-photographier ou des choses connues est difficile. C’est un état d’esprit, un nouveau sens en éveil, un combat contre le temps et le hasard et beaucoup d’humilité. Maintenant que je pense avoir compris ce que faire de la Photographie implique, je commence à changer mon rapport au Cinéma (qui reste, somme toute, de la photographie). Par exemple, j’accepte aujourd’hui le fait de revenir bredouille. La ville change lorsqu’on la regarde dans un viseur car chaque élément prend une signification particulière. La ville devient un fourmillement de signifiants et le photographe doit alors pouvoir en isoler une « tranche », une image qu’il pourra donner à lire comme une page.

Eriola s’est baladé au cimetière du Père Lachaise à Paris, Sabrina est partie à la recherche des pépites d’Aubervilliers, Alexandra a découvert le quartier de Stalingrad, tandis que Djamel n’imaginait pas Drancy sous cet angle...
Au total, vingt jeunes (dix de la Seine-Saint-Denis, dix de Paris) ont participé à un projet mené conjointement par « une fille d’Auber », Aurélie Cardin, directrice du festival Cinébanlieue, et une amie, Julia Cordonnier, photographe et réalisatrice.
Diverses Cités est une production d’une société locale, Backstreet Productions, qui a fait bûcher ce groupe de jeunes pendant plusieurs mois, boîtier à la main.
Julia les a initiés à bien maîtriser leur appareil et à en tirer le meilleur, Aurélie les a éclairés sur l’histoire de Paris, ses banlieues et leurs rapports au fil des ans…
Au terme de ce long travail d’accompagnement minutieux et pointilleux, le résultat est probant. Surmontant leurs préjugés, chacun des jeunes a pu ainsi se constituer un album fourni, visible en ligne, livrant ainsi son butin, vu et capté à travers l’objectif.
Pressentiment ou hasard, ces jeunes regards viennent compléter une série d’initiatives locales : visite du maire de Neuilly, célébration de la réconciliation historique des catholiques et des protestants, parrainage d’enfants sans papiers, participation d’élus de plusieurs conseils locaux de jeunes (Paris, Clichy-Sous-Bois, Aubervilliers) à un documentaire sur la banlieue et destiné à la chaîne parlementaire…
Un bel ensemble qui pousse à faire tomber barrières, craintes et préjugés entre les humains qui passent, souvent, par les mêmes bonheurs et les mêmes douleurs, qu’importe qu’ils vivent de ce côté-ci, au-delà des frontières ou simplement de l’autre côté du périphérique.
Afin d’immortaliser ce travail, Julia Cordonnier a, à son tour, saisi les jeunes dans son objectif et en a sorti vingt beaux portraits à découvrir en même temps que les albums photos qui seront diffusés en boucle tout au long de l’exposition soutenue et parrainée, entre autres, par la municipalité. Impressionné par ce qu’il a vu, François Bégaudeau a préfacé l’exposition Diverses Cités à laquelle il invite toutes celles et ceux qu’il croise…
Maria Domingues
Le 4 février 2009
Confluences,la Maison des Arts Urbains,190 boulevard de Charonne 75020 Paris.M° Alexandre Dumas.Renseignements 01 40 24 16 46
A Confluences, chaque soir vous pourrez découvrir l'intégralité des images de nos jeunes photographes sur grand écran en avant-programme de chacune des séances du festival Cinébanlieue.Découvrez le programme du festival Cinébanlieue en cliquant ici
Confluences
190 bvd de Charonne
75020 Paris
rens/resa : 01 40 24 16 46
Confluences, Paris XXème.
l'université Paris 13, campus de Villetaneuse.
Quelle vision a un parisien de la banlieue? Quelle vision a un habitant de la banlieue de la capitale? Comment ne pas tomber dans le cliché d'un côté comme de l'autre? Qu'est-ce qui peut séduire là et qu'on oublie de montrer? Qu'est-ce qui dérange ici et qu'on ne donne pas à voir? Où s'arrête Paris et où commence la banlieue?A l'heure des grands débats sur l'avenir de l'agglomération parisienne, de jeunes franciliens font bouger leur regard et le nôtre sur ces territoires. Un projet initié par Aurélie Cardin, directrice du festival CinéBanlieue et Julia Cordonnier, réalisatrice et photographe.